par Marie-Paule Hallé

Les débuts de la paroisse

Monsieur le curé Jean-Baptiste Bourassa bénissait, le dix-sept décembre mil huit cent quarante, le presbytère de cette paroisse, sous l’invocation de Ste-Philomène, devant servir de chapelle jusqu’à ce qu’il y ait une église.

Vient la bénédiction de la cloche

À partir du XIe siècle, la cérémonie de bénédiction des cloches est transformée en baptême des cloches. Au début du régime seigneurial au Québec, la coutume veut que ce soit les seigneurs du lieu qui soient invités à être parrain et marraine. Le curé ne bénit pas la cloche, mais demande à l’évêque ou en son absence à un prêtre d’une paroisse voisine de présider au baptême. Les cloches hériteront d’un nom au choix de la marraine et les parrain et marraine feront habituellement un don substantiel à la paroisse à cette occasion.

Les cloches signifient beaucoup pour les paroissiens. Lorsqu’on énuméra les obligations du bedeau de Sainte-Philomène se trouvaient celles de sonner l’Angelus, les baptêmes, les messes, les glas, les sépultures, le Sanctus, le Magnificat, les Saluts, les processions, le départ du Saint-Viatique et autres circonstances solennelles. À une époque où les voisins sont éloignés, entendre le son des cloches, tantôt triste pour les glas et le tocsin, tantôt joyeux célébrant les mariages et les baptêmes, représente autant de messages qui leur parviennent plusieurs fois par jour. Le silence des cloches serait certes remarqué et déploré par les paroissiens.

Le huit juillet mil huit cent quarante et un Messire(1) Joseph Marcoux curé missionnaire du Sault Saint-Louis, portant le titre d’archiprêtre, a béni solennellement une cloche pesant neuf cent trente livres, fondue à Montréal, et payée soixante et onze livres, cours actuel. Le marguillier en charge Mr(2) François Mailloux, Mr Jean-Baptiste Boudrias et dame Étienne Caron lui ont donné le nom de Marguerite Philomène. Plusieurs prêtres des environs étaient présents pour cette cérémonie à la fois de bénédiction et de baptême de la cloche. Messire Bourassa curé de la paroisse, Messire Trudel curé de Saint-Isidore, Messire Blyth curé de Sainte-Martine, Mr Giroux vicaire de Saint-Clément de Beauharnois et plusieurs autres étaient au rendez-vous en ce beau jeudi de juillet.

Le son de la cloche

Une expression consacrée pour l’élection d’un marguillier était comme en ce vingt-cinq décembre mil huit cent quarante-deux : Se sont assemblés à l’issue de la messe paroissiale et au son de la cloche au presbytère de cette paroisse les sieurs François Mailloux, François Doret, Jean-Baptiste Duranceau, Jean-Baptiste-Loiselle, Alexis Doret, Jacques Amyot marguilliers de l’œuvre et fabrique de la dite paroisse lesquels ayant procédé après l’invocation du Saint-Esprit à l’élection d’un nouveau marguillier… (3)

Tout d’abord le clocher

L’an mil huit cent soixante-quatorze, le dix-neuf du mois de novembre, sur les dix heures du matin, M. Joseph Séguin se présente à Sainte-Philomène mandaté par sa grandeur Monseigneur Ignace Bourget évêque de Montréal. Il considère qu’il convient d’accorder à la demande des pétitionnaires de réparer lesdites église et sacristie et de faire un chemin couvert. Et que mentionne-t-il, parmi les quinze réparations, comme étant primordial et bien c’est de faire un clocher neuf. Une autre réparation au clocher suivra en 1888, puisqu’on en indique le paiement à Monsieur G. Duranceau. En 1892 on recommande encore une réparation au clocher et en mars 1899 il faudrait encore le réparer.

Il est grandement question de construire un nouveau clocher.

Marguerite Philomène allait avoir bientôt 60 ans, on jugea que la retraite serait opportune. Elle allait être remplacée non pas par une cloche, mais bien trois. Toutes trois avaient été achetées de la maison Meneely Bell Company(4), à Troy, dans l’état de New-York.

On paya alors 850$ en plus de la vieille cloche estimée à 180$. Les trois cloches pesaient respecti-vement 1520 livres, 1015 livres et 710 livres.

L'Usine Meneely Bell

Bénédiction de trois cloches

C’est le vingt-quatre août mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf que les cloches qui donnaient les notes sol la mi recevaient officiellement leurs noms.
La première portait le nom de Léon XIII, Joseph, Médard ; (en souvenir de Mgr Émard) et Adélard en mémoire du curé actuel de Sainte-Philomène. La deuxième allait être baptisée Pierre Godfroy Edmond les prénoms de trois anciens curés : Messires Pierre Poulin, Godfroy Gauvin, J-Edmond Dufaut. La troisième se nommait Marie(5) Philomène, Saint-Charles, Saint-Jean-Baptiste, Sainte-Marguerite. La fête réunissait un grand nombre de prêtres. Outre l’évêque et le curé de Sainte-Philomène, pas moins de dix-huit prêtres et beaucoup de parrains et marraines s’étaient rendus, malgré une mauvaise température, fêter ce grand moment de la vie paroissiale. La fête avait rapporté 500$ d’offrandes après les déjeuners payés, beau cadeau de baptême!

Le feu en 1975 a détruit l’église et le clocher s’est effondré à ce moment-là. Les deux plus grosses cloches n’ont pu être récupérées. On a conservé en souvenir la plus petite, un peu tordue, mais pas trop abîmée. Posée sur un socle, elle orne aujourd’hui le parterre avant de l’église.

La cloche tordue en avant de l'Église rappelle le feu qui a détruit l'ancienne égilse en 1975 (6)

Les noms incrustés sur la cloche sont ceux donnés à la 3è cloche.

Notes
1- Messire titre donné au curé à cette époque
2- Mr pour monsieur et non M. comme maintenant
3- Tout ce qui est inscrit en italique est rapporté textuellement, comme à l’époque
4- L’église de Sainte-Marthe-De-Vaudreuil a aussi une cloche qui provient de la même compagnie
5- Le registre indique Marie Philomène, le fabriquant a inscrit Ste. Philomène
Il a aussi inscrit St. pour Ste-Marguerite

Sources

Registres de la fabrique de Sainte-Philomène
Geneablog.org Généalogie, Histoire & Sociologie – La Vie de nos Ancêtres
Meneely Bell Online Museum
Photos de la cloche de Sainte-Philomène par Marie-Paule Hallé

Comment fabrique-t-on une cloche ?

Le moule d’une cloche est fait d’une terre spéciale, très minutieusement préparée. Il se compose de trois parties distinctes et superposées, le noyau, la fausse cloche et la chape.

Le noyau : c’est la partie du moule qui représente l’intérieur de la cloche. En d’autres termes, après la coulée, le noyau remplira exactement l’intérieur de la cloche.

La fausse cloche : cette partie du moule, en terre friable, représente la cloche elle-même, dont elle tient provisoirement la place. Elle a donc les mêmes dimensions, la même épaisseur que la future cloche. C’est sur cette fausse cloche que l’on place l’ornementation et les inscriptions. Ces décors sont en cire et en relief.

La chape : c’est la partie supérieure du moule, celle qui va recouvrir la fausse cloche.

La cuisson : après que ces trois parties sont assemblées. On procède alors à la cuisson du moule, opération qui fera fondre les décorations en cire placées au préalable et dont les empreintes resteront en creux et à l’envers dans la chape.

Le démoulage : la fausse cloche remplace provisoirement la future cloche en bronze ; elle n’est utile que pour la fabrication de la chape. Le moment est venu de l’enlever. À l’aide d’un palan, on soulève la chape et l’on brise la fausse cloche.
La coulée : la chape est alors replacée sur le noyau. Entre ces deux parties du moule et grâce à une portée minutieusement établie, il reste un vide créé par la disparition de la fausse cloche. C’est ce vide que viendra occuper le métal en fusion lors de la coulée.

Autrefois, il n’y a pas si longtemps en France, la fabrication de la cloche ne se faisait pas en usine, mais sur place. Quand venait le moment de la coulée de cloches, c’était un spectacle émouvant et que l’on n’oublie pas ! Minute vraiment grandiose et presque magique, quand, sur l’ordre du fondeur, les ouvriers donnent libre cours au métal en fusion, qui sort en bouillonnant, coule en ruisseaux de feu et se précipite avec des sifflements dans les moules qu’il remplit.

Tout cela est très rapide, presque comme un éclair; en quelques minutes tout est terminé. Mais c’est assez, car l’air est surchauffé, l’atmosphère est devenue irrespirable. On s’empresse d’aérer, cependant que le prêtre, qui a déjà béni le métal avant sa sortie du four, rend à Dieu, parmi le silence de tous les assistants, de justes Actions de grâce. Qu’elle chante ou qu’elle pleure, une cloche toujours prie !
Source

Site de Paccard.com /cloches d’église